Le régime alcalin : bon ou mauvais?

On nous vante beaucoup les bienfaits d'un régime alcalin et de l'eau alcaline, on nous parle de pH et d'hyperacidité. Mais de quoi parle-t-on au juste? Voici en langage simple tout ce que vous devez savoir sur l'équilibre acido-basique.



Qu’est-ce que l’équilibre acido‑basique?

On appelle l’équilibre acido‑basique l’équilibre corporel entre acidité et alcalinité. On peut mesurer l’équilibre acido‑basique d’une personne en mesurant le pH (potentiel d’hydrogène) ainsi que les taux de CO2 (dioxyde de carbone) et de bicarbonate dans le sang.

L’échelle de pH varie de 0 (acide) à 14 (alcalin, ou basique). Un pH de 7,0 est considéré « neutre ». Le sang humain est légèrement alcalin, avec un pH se situant entre 7,35 et 7,45. Normalement, le corps humain maintient le pH à une valeur de 7,40. Cet équilibre est vital puisque le moindre écart peut causer des lésions considérables aux organes et aller jusqu’à entraîner la mort. L’acidose (excès d’acides dans le sang) et l’alcalose (excès de bases dans le sang) sont donc des conditions extrêmement graves, voire fatales. Elles sont généralement la conséquence de troubles pathologiques graves.


Heureusement, le corps dispose de plusieurs mécanismes pour maintenir cet équilibre entre acidité et alcalinité. Ces mécanismes impliquent les poumons, les reins, ainsi que des processus chimiques que l’on appelle les systèmes tampons.


Les poumons éliminent le CO2, un déchet légèrement acide produit en permanence par l’activité des cellules. S’il a besoin d’éliminer une surcharge de CO2, le corps accélérera la respiration pour éviter que le CO2 ne s’accumule dans le sang, ce qui aurait pour effet d’abaisser le pH et d’augmenter l’acidité du sang. Ainsi, une bonne respiration est importante pour maintenir l’équilibre du pH sanguin.


Les reins éliminent l’excès d’acides ou de bases provenant de la digestion et de l’activité des cellules du corps. Le pH urinaire est généralement d’environ 6,5 à 7,5 chez une personne en bonne santé, mais il peut varier entre 4,5 et 8,0 en fonction du métabolisme et de l’alimentation de la personne. Un pH urinaire bas témoigne d’un excès d’acides que le corps doit éliminer pour prévenir un abaissement du pH sanguin.


Les systèmes tampons, pour leur part, empêchent les variations draconiennes d’acidité et d’alcalinité grâce à des procédés chimiques qui permettent de libérer des acides (p. ex. acide carbonique) et des bases (p. ex. ion carbonate) faibles qui sont naturellement produits par l’organisme. Leur rôle est de voir à ce que les variations se fassent en douceur.

Le stress, le surmenage, le manque de sommeil, le tabagisme et la pollution de l’air, sont tous des facteurs d’acidification en raison des troubles d’assimilation, de circulation et d’oxygénation qu’ils entraînent.

Pourquoi est-ce si important?


Bien que le corps dispose de tout ce dont il a besoin pour rester à l’équilibre, nous avons tendance, dans notre société moderne, à en demander beaucoup trop à notre organisme de par notre alimentation et notre rythme de vie. Nous comptons sur le fait que le corps soit capable de s’auto-réguler pour le surcharger plus que nécessaire.


Or, tout système naturel que l’on sollicite à outrance finira par ne plus être capable de suffire à la demande. On peut penser aux rivières, qui sortent de leur lit au printemps pendant la crue des eaux, alors que le volume d’eau qui leur parvient dépasse leur capacité à la faire s’écouler.


Il en va de même pour l’équilibre acido-basique. Si on exige du corps qu’il traite un volume de déchets plus grand que sa capacité de traitement, il ne sera pas en mesure de tous les éliminer. S’il ne peuvent être évacués, les surplus de déchets acides s’accumuleront et iront se loger dans les différents tissus du corps (articulations, muscles, glandes, organes), les rendant plus ou moins dysfonctionnels et entraînant par le fait même des symptômes plus ou moins importants tels que :

o brûlements d’estomac, reflux gastriques

o manque d’énergie, fatigue

o douleurs musculaires et articulaires (sciatique, torticolis)

o maux de tête et migraines

o infections à répétition (rhumes, cystites, vaginites, pied d’athlète)

o problèmes de peau (boutons, acné, eczéma)

o aphtes, ulcères

o goutte, arthrite

o vieillissement prématuré


Ce faisant, l’organisme maintient certes l’équilibre du pH sanguin (qui lui permet de rester en vie), mais il le fait au détriment du bon fonctionnement de l’ensemble de ses cellules.

Une telle acidose – que l’on pourrait qualifier de « légère » en ce sens qu’elle n’est pas mortelle – est souvent la cause profonde de diverses maladies dégénératives.


S’il ne peuvent être évacués, les surplus de déchets acides s’accumuleront et iront se loger dans les différents tissus du corps, les rendant plus ou moins dysfonctionnels et entraînant par le fait même des symptômes plus ou moins importants.

Le rôle de l’alimentation


Notre rythme de vie moderne influence grandement l’équilibre acido‑basique. Le stress, le surmenage, le manque de sommeil, le tabagisme et la pollution de l’air, sont tous des facteurs d’acidification en raison des troubles d’assimilation, de circulation et d’oxygénation qu’ils entraînent.


Notre régime alimentaire occidental est très riche en aliments acidifiants, et c’est principalement pour contrer ce déséquilibre qu’un régime alcalin sera bénéfique.


Il importe également d’avoir un bon apport en vitamines et minéraux afin de renouveler les minéraux utilisés par les systèmes tampons pour maintenir le pH sanguin.


Notre régime alimentaire occidental est très riche en aliments acidifiants, et c’est principalement pour contrer ce déséquilibre qu’un régime alcalin sera bénéfique.


Aliments à privilégier

Eau citronnée.

Légumes : betterave, brocoli, carotte, champignon, chou‑fleur, concombre, courgette, courges, citrouille, céleri, laitues, oignon cuit, patate douce, persil, poivron, poireau, pomme de terre, luzerne, roquette, chou cuit, endives, chou kale, algues, pois mange‑tout.

Fruits : abricot, avocat, banane, bleuet, citron*, datte, figue, lime*, melons (cantaloup, melon d’eau, melon miel – il faut les manger seuls, en collation), noix de coco, olive, pêche, poire, pomme, raisin. Légumineuses : lentilles brunes, fèves de soya.

Boissons : thé vert, lait de coco, lait de soya.

Céréales : amaranthe, avoine, millet, orge, quinoa, riz sauvage, sarrasin.

Noix et graines : amandes, châtaignes, graines de citrouille, graines de lin, graines de sésame, graines de tournesol, noix de cajou, noix de Grenoble, noix du Brésil.

Épices : curcuma, coriandre, fenouil, persil.

Huiles : huile de coco, huile de lin, ghee (beurre clarifié), huile d’olive.

Vinaigre de cidre de pommes.

Mélasse verte, sirop d’érable.

* Le citron et la lime sont acides en bouche, mais ont un effet alcalisant dans l’organisme.




Aliments à éviter

Éviter les excès alimentaires en tous genres.

Malbouffe, friture.

Viandes rouges : bœuf, veau, porc (jambon, bacon, saucisson), viandes froides, abats, agneau, volaille nourrie au grain.

Produits laitiers : fromage parmesan, fromages forts, lait, yogourt du commerce.

Boissons : thé noir, café, boissons gazeuses, boissons sucrées, alcool, jus de fruits.

Sucres : sucre raffiné (sucre blanc), cacao, chocolat, cassonade, fructose, confitures, pâtisseries.

Colorants alimentaires artificiels, agents de conservation, saveurs artificielles.

Fruits : agrumes (orange, pamplemousse, clémentine), ananas, canneberge, fruits séchés (trop grande concentration en sucre), groseille, kiwi, mangue, pomme grenade, prune.

Légumes : chou de Bruxelles, rhubarbe, tomate.

Céréales : blé, maïs, seigle.

Condiments : sauces à base de tomates, ketchup, sauce soya, moutarde, vinaigre blanc.



La vision ayurvédique


En Ayurvéda, on appelle amlapitta la perturbation du feu digestif (agni) de l’estomac. Cette affection, assimilable à l’hyperacidité du système occidental, se caractérise par une aggravation du dosha pitta et témoigne d’un excès de l’élément feu dans l’estomac.


Il en résulte un excès de chaleur qui explique les sensations de brûlement et les réactions inflammatoires de tous genres. On attribue également la colère et l’irritation à une aggravation de type pitta.


L’alimentation et les combinaisons alimentaires sont un volet incontournable de l’Ayurvéda. En plus des conseils précédents, on favorisera des plantes et des aliments qui ont un effet rafraîchissant pour pacifier pitta, notamment les verdures et les aliments amers comme le radicchio et la roquette.


Il est également conseillé de manger à des heures régulières, d’éviter les jeûnes, et de boire son eau à température pièce (ni chaude, ni froide). L’eau de coco est aussi une bonne alternative.


On évitera à tout prix les aliments piquants et salés, de même que les les aliments transformés et dénaturés.



L’acidité des aliments n’a aucune incidence sur l’équilibre acido‑basique puisque leur acidité est annulée par celle de l’estomac

FAUX

S’il est vrai que les sucs gastriques de l’estomac ont un niveau d’acidité supérieur aux aliments ingérés, ce ne sont pas les aliments en soi qui affecteront le pH corporel, mais les nutriments issus de ces aliments. En d’autres mots, c’est la digestion des aliments après leur passage dans l’estomac qui génère des déchets acides qui devront être éliminés par le corps.

Un régime alcalin contribue à maintenir l’équilibre acido‑basique

VRAI

L’alimentation n’a pas d’incidence directe sur le pH sanguin puisque, comme nous l’avons expliqué, cet équilibre vital est maintenu par des processus complexes du corps. Toutefois, il a été démontré que l’alimentation joue un rôle crucial dans la santé générale, y compris dans la santé des reins, qui participent de manière importante au maintien de l’équilibre acido‑basique.

L’eau alcaline aide à prévenir l’hyperacidité

VRAI

Selon une étude in vitro réalisée en 2012 (Koufman & Johnston), l’eau alcaline pourrait avoir des bienfaits thérapeutiques chez les personnes souffrant de reflux gastrique.






Références

LEWIS, James L. « Présentation de l’équilibre acido‑basique », Manuel Merck, 2018.

CHOQUETTE, Marie. « L’acidité », Herbo‑Vie, Herbothèque, 2008.

OSUNA‑PADILLA, I.A. et al. « Dietary acid load: Mechanisms and evidence of its health repercussions », Nefrologia, 2019.

VIKAS, Saroch et Singh JAIBIR. « A Review on Ayurvedic Medicines for Amlapitta (Hyperacidity) », Ayurveda Medical Journal, Mars 2015.

Wasserfurth, Paulina et al. « Effects of mineral waters on acid–base status in healthy adults: results of a randomized trial », Food & Nutrition Research, 2019.

YARI, Zarah et Parvin Mirmiran. « Alkaline Diet : A Novel Nutritional Strategy in Chronic Kidney Disease? », Iranian Journal of Kidney Diseases, vol. 12, no 4, Juillet 2018.

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